mercredi 16 avril 2014

La flore du bois de la Grille Noire à Orsay (sortie du 13 avril 2014)


Le bois de la Grille Noire :






La flore observée dans le bois de la Grille noire est caractéristique d’une forêt ancienne.

Qu’est-ce qu’une forêt ancienne ?

Une forêt ancienne peut se définir comme un ensemble boisé qui n’a pas connu de défrichement depuis 200 ans (pas de temps variable suivant les auteurs de 150 à 400 ans…).

Cette ancienneté n’est pas relative à l’âge des arbres qui composent le peuplement forestier, mais à la présence continue d’arbres. Une forêt ancienne peut être constituée de jeunes peuplements comme de peuplements âgés ou d’une mosaïque des différents stades de la sylvigénèse, pour autant que la continuité de l’état boisé ait persisté jusqu’à nos jours.

Que cette forêt ait été plus ou moins exploitée entre temps n’entre pas en ligne de compte, mais pourra par contre affecter sa naturalité en fonction de son degré d’anthropisation (gestion, utilisation, fréquentation…).

L’ancienneté de l’état boisé est une composante de la naturalité qui se définit davantage par un gradient d’évolution naturelle (caractère « sauvage ») d’une forêt dans toutes ses composantes, qu’elle soit récente ou ancienne.

La distinction de ces deux notions prend toute sa signification dans la composition du cortège floristique forestier.

Quels que soient ses caractéristiques et son passé, une forêt ancienne abrite un ensemble de plantes spécifiques de la continuité de l’état boisé. Ceci peut être une garantie d’un bon fonctionnement et une bonne résilience de l’écosystème forestier.


Les particularités des plantes des forêts anciennes :

- un mode de vie pérenne ou vivace, difficilement délogeable une fois installée,
- une reproduction de type végétatif par stolons, rhizomes ou bulbilles,
- une reproduction sexuée peu développée produisant peu de graines, souvent grosses et lourdes,
- une faible persistance des graines dans les sols forestiers,
- une capacité très réduite à coloniser de nouveaux milieux en raison d’un vecteur de dispersion peu efficace sur de longues distances (fourmis, gravité),
- une faible vitesse de déplacement des populations dans le paysage,
- une préférence pour l’ombre, mais une tolérance à la pleine lumière,
- une intolérance aux modifications du sol induites par l’agriculture (labour).


Les plantes indicatrices des forêts anciennes, par ordre alphabétique des noms latins :


Acer campestre L., Érable champêtre, Acéracées ou Sapindacées



Acer pseudoplatanus L., Érable sycomore, Acéracées ou Sapindacées



Allium ursinum L., Ail des ours, Liliacées ou Alliacées



Anemone nemorosa L., Anémone des bois, Renonculacées

Les anémones sont irritantes à l’état frais. Sèches elles sont inoffensives.
Comme la plupart des Renonculacées, les anémones renferment un hétéroside de lactone, le renonculoside, libérant une substance vésicante et dangereuse, la protoanémonine, qui est détruite au cours du séchage de la plante.



Carex sylvatica Huds., Laîche des bois, Cypéracées

 
devant des pieds de Muguet :

 

Convallaria majalis L., Muguet, Liliacées ou Asparagacées

Le Muguet élabore des hétérosides cardiotoxiques, concentrés surtout au niveau des fleurs et des graines, ainsi que des saponosides dans les fruits. Il s’avère que ces hétérosides sont peu absorbés au niveau de la muqueuse intestinale, ce qui fait qu’il n’y a guère d’intoxications graves. Une surveillance s’impose malgré tout. Le risque essentiel reste la présence de fruits dans les jardins, vestiges des clochettes non cueillies, susceptibles d’attirer les enfants.


 devant un pied de Digitale pourpre:





Digitalis purpurea L., Digitale pourpre, Scrophulariacées

La plante entière est très toxique par la présence d’hétérosides à visée cardiaque, les cardénolides ou digitoxosides. Si ces principes sont effectivement utilisés en thérapeutique, ils deviennent rapidement toxiques.
Les symptômes de l’empoisonnement sont typiques. Après des troubles digestifs, on observe une phase d’anxiété et surtout des troubles cardiaques : forte bradycardie, fibrillation, tachycardie ventriculaire extrasystole, la mort pouvant survenir par syncope cardiaque.

Risque de confusion : les accidents demeurent exceptionnels avec la plante. Toutefois, en 1999, une intoxication a été signalée en France à la suite de la confusion entre des feuilles de Consoude récoltées comme salade et de Digitale pourpre, et qui a nécessité plusieurs jours d’hospitalisation. D’autres confusions ont eu lieu avec des feuilles de Bourrache destinées à préparer des tisanes.


Symphytum officinale L., Consoude officinale, Boraginacées

Le meilleur critère de distinction est le toucher des feuilles : il est velouté et très doux chez la Digitale pourpre, et particulièrement rêche chez la Consoude et la Bourrache.



Dryopteris filix-mas (L.) Schott, Fougère mâle, Dryopteridacées

Cette plante, comme d’autres fougères, est plus ou moins toxique. On ne l’emploiera donc pas en automédication.
Par contre, elle est fréquemment récoltée par les laboratoires pharmaceutiques, car irremplaçable en tant qu’anti-parasitaire végétal, notamment contre le ténia. Les Anciens, comme Pline ou Dioscoride, la signalaient déjà pour cet usage.
L’extrait de fougère mâle, produit résineux obtenu à l’aide de l’alcool, constitue ainsi – aujourd’hui encore – la base de plusieurs préparations vétérinaires antiparasitaires.



Hyacinthoides non scripta (L.) Chouard ex Rothm., Jacinthe des bois, Liliacées ou Hyacinthacées




Lamium galeobdolon (L.) L., Lamier jaune, Lamiacées




Mercurialis perennis L., Mercuriale vivace, Euphorbiacées :


pied mâle



pied femelle

La Mercuriale vivace est une plante dioïque, ce qui signifie les individus sont strictement monosexués, ou monogames, c'est-à-dire que chaque pied ne porte que des fleurs soit mâles (staminées), soit femelles (pistillées).

 


Polygonatum multiflorum (L.) All., Sceau de Salomon multiflore, Liliacées ou Convallariacées


Les fruits du Sceau-de-Salomon sont riches en saponosides toxiques, leur saveur sucrée est cependant plutôt repoussante. Par ailleurs, le rhizome et les feuilles contiennent de l’oxalate de calcium cristallisé sous forme d’aiguilles (raphides), conférant des propriétés irritantes sur la peau et les muqueuses.



Pteridium aquilinum (L.) Kuhn, Fougère Aigle, Dennstaedtiacées

Toute la plante est toxique lorsqu'elle est jeune, car elle contient des hétérosides cyanogènes.
Par ailleurs, la Fougère-aigle élabore une thiaminase, responsable de la dégradation de la thiamine (vitamine B1). L’effet toxique se manifeste chez les animaux dépendant d’un apport exogène en vitamine B1, comme le cheval : on observe alors l’incoordination des mouvements, des contractions musculaires involontaires, voire des convulsions et des arythmies.
Enfin, un sesquiterpène, le ptaliquoside, provoque des hémorragies et hématuries (présence de sang dans les urines) chez les bovins (c’est le ptéridisme ou hématidrose), et montre une action cancérigène chez l’Homme (cancer de l’œsophage et de l’estomac). Ce principe est cependant détruit à la chaleur.
Pour ces diverses raisons, il n’est guère raisonnable de proposer la Fougère-aigle comme plante comestible, même si elle a pu être consommée historiquement en Europe et si elle est toujours proposée _ après certaines préparations_ en Asie.



Ranunculus auricomus L., Renoncule tête-d'or, Renonculacées




Sanicula europaea L., Sanicle d'Europe, Apiacées
(feuille de gauche sur la photo)


La Sanicle d’Europe contient des combinaisons de saponines favorisant l’expectoration.
Elle est administrée pour les catarrhes des voies respiratoires, comme gargarisme et autrefois également comme hémostatique gastrique et vulnéraire.
Dès le Moyen-Âge, les herbiers confirment que cette plante était considérée comme remède à de nombreuses maladies (du latin : sanare = guérir, soigner).



Source : Les plantes et l’ancienneté de l’état boisé, Edition Centre National de la Propriété Forestière, Paris, 2013



Les autres plantes du bois, par ordre alphabétique des noms latins :


devant des pieds de Bugle rampante :





Ajuga reptans L., Bugle rampante, Lamiacées



devant un pied de Cerfeuil sauvage :




Anthriscus sylvestris (L.) Hoffm., Cerfeuil sauvage, Apiacées :


Les feuilles sont 2-3 fois pennatiséquées, à segments ultimes lancéolés, aigus.



Les ombelles comportent 8 à 15 rayons, portant chacun une ombellule.
Il n’y a pas de bractées à la base de l’ombelle.
C’est un critère déterminant qui permet notamment de distinguer le Cerfeuil sauvage de la Grande ciguë (Conium maculatum L.), dont les ombelles ont des bractées. L’autre critère est l’apparence de la tige et la présence ou non de bractées à la base des ombellules (voir plus loin).



Sur cette photo, on voit clairement les bractées ovales-lancéolées des ombellules.
Les ombellules de la Grande ciguë n’ont pas de bractées.



La tige du Cerfeuil sauvage est creuse, ramifiée, cannelée, vert uni.
La tige de la Grande ciguë est tachée de rouge dans le bas. Son nom latin « maculatum » est une référence à ces taches.


Explications sur le système reproducteur du Gouet tacheté :


Arum maculatum L., Gouet tacheté, Aracées









De la rosette, surgit au mois de mai une inflorescence formée d'un spadice charnu odorant enveloppé par une spathe en forme de flamme.


spadice charnu odorant enveloppé par une spathe en forme de flamme

Un renflement à la base de la spathe, appelé chambre florale, forme à floraison un piège à insectes. Attirés par les odeurs exhalées par le spadice, ils tombent à l'intérieur de cette chambre.
Sur le spadice, des poils les empêchent de ressortir par le haut, les parois internes de la spathe sont glissantes et laissent exsuder un liquide nourricier. Les fleurs femelles à la base du spadice s'ouvrent en premier et sont donc fécondées par les petites mouches du genre Psychoda porteuses de pollen provenant d'autres plantes. Le deuxième jour, ce sont les fleurs mâles qui libèrent leur pollen, après quoi l'intérieur de la spathe s'assèche, les poils se relâchent et les Psychoda peuvent s'échapper, emportant le pollen vers d'autres plantes. Ce phénomène ne dépasse pas 72 heures.


l’appareil reproducteur, avec de bas en haut : les fleurs femelles, les fleurs mâles, les poils, le spadice


détail de l’appareil reproducteur

Ne subsiste plus tard dans la saison que l'axe du spadice portant un épi de baies rouges familièrement appelées « raisins de serpent ». Les baies et les feuilles contiennent de l'oxalate de calcium; elles sont toxiques.


l'axe du spadice portant un épi de baies rouges


La diffusion des odeurs par le spadice est facilitée par un important dégagement de chaleur produit au niveau des mitochondries par un phénomène métabolique nommé thermogenèse. Les tissus de l'Arum maculatum produisent jusqu'à 400 mW g-1 alors qu'un colibri en vol ne produit que 240 mW g-1. Les deux zones de plus grande activité métabolique sont l'extrémité du spadice (l'appendice) et la zone des fleurs mâles.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Arum_maculatum




 

Bidens frondosa L., Bident à fruits noirs, Astéracées

Le Bident à fruits noirs est considéré comme une espèce invasive.

Source :
Atlas de la flore sauvage du département du Val-de-Marne, Fabrice Perriat, Sébastien Filoche et Jacques Moret, Éditions Biotope, publications scientifiques du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, Mèze, Paris, 2009


Un pied de Lierre terrestre permet de donner les caractéristiques des lamiacées : leur tige est généralement quadrangulaire, la lèvre inférieure est particulièrement développée, ce qui a donné son nom à la famille, anciennement appelée Labiacée, de labrum, lèvre en latin.

 
Glechoma hederacea L., Lierre terrestre, Lamiacées

devant un parterre de Ficaires fausse-renoncule:




Ranunculus ficaria L., Ficaire fausse-renoncule, Renonculacées

Utilisations alimentaires :
Les jeunes feuilles peuvent être ajoutées crues aux salades composées. Elles sont à peine âcres, alors que celles de ses cousines, renoncules ou boutons d’or, sont beaucoup trop irritantes pour pouvoir être utilisées. Plus âgée, la ficaire peut être cuite à l’eau pour éliminer son âcreté, puis préparée de diverses manières. C’est un légume qui n’est pas désagréable. Quelques fleurs peuvent décorer la salade.

Composition :
Comme de nombreuses Renonculacées, la ficaire renferme une substance âcre, la protoanémonine, formée à la lumière. Le séchage la transforme en anémonine, qui n’est pas irritante.

propriétés médicinales :
La ficaire était autrefois considérée comme remède spécifique des hémorroïdes, sous forme d’onguent ou de compresses à appliquer et d’une décoction à ingurgiter. D’après la médecine des signatures, l’indication de cet emploi était donné par la forme des racines, qui effectivement ressemblent un peu à des hémorroïdes.

toxicité :
Une salade entière de feuilles de ficaire vertes et crues serait irritante, voire même dangereuse. Mais utilisée avec modération, et mélangée avec d’autres végétaux si on l’emploie crue, la plante est inoffensive.





Lonicera periclymenum L., Chèvrefeuille des bois, Caprifoliacées

Les baies de Chèvrefeuilles, quelle en soit l’espèce, sont soupçonnées d’avoir provoqué des intoxications, mais en fait non rigoureusement vérifiées. Sans doute les troubles ne sont-ils que d’ordre digestif, car les baies contiennent effectivement des saponosides.
Parmi les autres chèvrefeuilles-lianes, mentionnons : souvent introduit dans les jardins, Lonicera caprifolium L. qui se distingue par ses feuilles toutes soudées entre elles par leur base et, caractéristiques du pourtour méditerranéen, Lonicera implexa Aiton et Lonicera etrusca Santi., ces derniers à fleurs plus rougeâtres. Quelques autres espèces sont arbustives.







Mespilus germanica L., Néflier, Rosacées ou Malacées

Le feuillage du Néflier est très doux ! :






Moehringia trinervia (L.) Clairv., Méringie trinerviée, Caryophyllacées


devant un Laurier-cerise:




Prunus laurocerasus L., Laurier-cerise, Rosacées ou Amygdalacées

Les feuilles et les graines (ou amandes) du Laurier-cerise contiennent des hétérosides cyanogènes, mais ceux-ci ne sont libérés que par lésion de ces éléments. Se produit alors une hydrolyse enzymatique qui va libérer d’une part du glucose, du benzaldéhyde qui est responsable de cette odeur aromatique dite d’« amande amère », d’autre part de l’acide cyanhydrique qui est un poison violent.
Les feuilles de Laurier-cerise ont pu servir pour parfumer des desserts, mais des accidents sont survenus en particulier chez des enfants. Mieux vaut donc s’abstenir.
Quant aux fruits, ils ne sont pas toxiques par eux-mêmes, mais les graines qu’ils renferment sont riches en ces principes vénéneux. Heureusement, leur saveur est peu agréable.



Ribes sanguineum Pursh., Groseillier à fleurs, Grossulariacées

Le Groseillier à fleurs est un arbuste horticole, il est cultivé dans les jardins à des fins ornementales. Un oiseau aura déposé là une graine, après avoir ingurgité sa baie…


devant des pieds de Tussilage en fleurs :




Tussilago farfara L., Tussilage, Pas d'âne, Astéracées

Les fleurs et les jeunes feuilles du Tussilage renferment énormément de mucilages, c’est pourquoi on les préconise depuis l’Antiquité comme remède contre la toux et l’enrouement (du latin tussis, « toux »). Malheureusement, elles contiennent également des alcaloïdes de pyrrolizidine et ne se prêtent donc pas à une utilisation régulière. Des cultures sans alcaloïdes permettent néanmoins aujourd’hui l’utilisation médicale de cette plante. Le Tussilage est anti-inflammatoire, il existe même des cigarettes de Tussilage contre l’asthme.

devant des pieds de Véronique petit-chêne:



Veronica chamaedrys L., Véronique petit-chêne, Scrophulariacées ou Plantaginacées




Sources :

Guide Delachaux des plantes par la couleur, 1150 fleurs, graminées, arbres et arbustes, Dr Thomas Schauer, Claus Caspari, Éditions Delachaux et Niestlé, Les guides du naturaliste, Paris, 2007

Guide des plantes toxiques et allergisantes, Michel Botineau, collection Les guides des… Fous de Nature !, Editions Belin 2011

Guide des plantes sauvages comestibles et toxiques, François Couplan et Eva Styner, Éditions Delachaux et Niestlé, Les guides du naturaliste, Paris, 2007

Les plantes sauvages, connaître, cueillir, utiliser, Thierry Thévenin, Éditions Lucien Souny, 2012

350 plantes médicinales, docteur Wolfgang Hensel, Éditions Delachaux et Niestlé, Paris 2008, réimpression 2010

2 commentaires:

  1. Mais c'est magnifique tout cela !

    On ne pouvait espérer mieux de la "maîtresse" des Petites Herbes pour cette première promenade dont on gardera tous un excellent souvenir, en dehors du compte-rendu bien détaillé, et merci au photographe !

    En attendant déjà la prochaine ballade, pour d'autres découvertes, rendez-vous donc le dimanche 18 mai...

    Marie Christine Penet

    Fondatrice des Herbes Sauvages – Orsay

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  2. Magnifique et complet comme d'habitude !

    une admiratrice

    Madeline

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